A MA MUSE
(Voyage intérieur)
Il existe un pays où m'entraînent mes rêves,
où je vais chaque nuit passer des heures trop brèves !
On n'y verra jamais ni la guerre ni la peur,
au creux d'une vallée se cache ma demeure.
A ses pieds coule un ru où les poissons frémissent,
un vieux saule feuillu joue avec l'onde lisse.
Un pont sur le ruisseau, de toute sa longueur
semble protéger l'eau de son bras protecteur.
Il faut passer ce pont pour pénétrer chez toi,
oh ! ma douce maison perdue au fond de moi.
J'y mènerai un jour la femme que je chéris
pour blottir notre amour et finir notre vie.
Laisse-moi retenir, doux jardin de mes songes,
garder le souvenir du chemin qui m'y plonge.
Car aucun autre lieu ne pourra il me semble,
lorsque nous serons vieux nous voir dormir ensemble.
OH DIS
EMMENE-MOI...
(ma
muse répond)
Oh ! Dis, emmène-moi au pays de tes rêves
Celui que ton cœur porte en lui rempli de foi
Et qui vient prendre vie au soir sur d’autres grèves
Où, seule, erre ton âme y goûtant chaque émoi.
Ouvre-moi tes sentiers que borde l’espérance
J’y marcherai sans crainte et mettrai tous mes pas
Dans l’empreinte des tiens fous de persévérance
Quand tu fermes les yeux, en m’appelant tout bas…
Mène-moi sur ta rive où dansent les roseaux
Sous les baisers que seule exprime encore ta brise
Et permets-moi d’entendre alors tous tes oiseaux
Dont le beau chant d’amour rend heureux sans surprise.
Montre-moi les épis de tes champs de tendresse
Qu’une vague câline anime en blonde mer
Près de la douce sylve, ivre de l’allégresse
D’une terre où jamais ne règne un moindre hiver.
Laisse-moi respirer la fragrance des roses
Des jardins tout en fleurs de tes belles saisons
Et le parfum subtil des douces passe-roses
Avec ton crépuscule à l’ardeur sans cloisons.
Guide-moi vers ce lac où s’abreuve la biche
Sous le ciel étoilé, parmi les nobles pins
De ton pays si proche où personne ne triche,
Où mon cœur aimerait poser ses escarpins.
MA REPONSE
(à mon impertinente muse)
Seulement ce pays où tu veux t'égarer,
n'est pas construit pour toi, oh ! mon impertinente.
Il est fait pour une âme et doit rester secret
aux autres attirés aux alcôves accueillantes.
Mais si tu le désires, pour promener ton âme
j'inventerai pour toi un autre beau jardin
qui pourra t'accueillir grâce à d'autres sésames
où nous pourrons écrire de beaux alexandrins
Gérard Sandifort
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